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Le miel a-t-il sa place en thérapie humide des plaies ?

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Cette semaine, le CPSI a récolté le miel de ses ruches. Au delà de la qualité gustative de notre miel, son usage dans les soins actuels est une question qui nous intéresse. Francoise Joudart, professeur au CPSI, nous apporte des éclaircissements à ce sujet.

Depuis la préhistoire, le miel fut récolté et utilisé, entre autre, pour ses vertus thérapeutiques

peinture rupestre datant de 6000 ans av. J.-C.
Peinture rupestre datant de 6000 ans av. J.-C.

Les Egyptiens utilisaient déjà le miel mélangé avec la propolis pour embaumer les corps et éviter la putréfaction ;  Hippocrate le cite pour ses vertus thérapeutiques et le Coran le recommande pour le traitement des furoncles et  des ulcères.

Les Africains l’utilisent encore de nos jours pour soigner les plaies et  les brûlures et les Chinois pour ses propriétés cicatrisantes  et antidouleur.

En 1892, van Keetal B.A., un scientifique allemand, parle pour la première fois des propriétés antibactériennes du miel et au 20ème siècle divers scientifiques étudient son action « inhibine » car le miel inhibait la croissance des bactéries. En 1967, White J.W. , un scientifique américain, démontre que cette inhibition antibiotique était en lien avec la production de peroxyde d’hydrogène (eau oxygénée), qui est produite lorsque le glucose se transforme en acide gluconique par l’enzyme glucose oxydase.

Les premières études qui nous ont interpellées étaient celles du Professeur  Peter Charles Molan, Directeur de l’unité de recherche sur le miel, Université de Waikato en Nouvelle-Zélande,  qui publie en 2006 ses recherches sur l’utilisation du miel sur les brûlures, pour la conservation des greffes de peau, contre  les infections à germes résistants et en chirurgie pour des lâchages de suture ou des lésions abdominales. En soin de plaies chroniques, il soigne les ulcères veineux, les plaies diabétiques et la gangrène de Fournier.

Dans les études les plus récentes, c’est au CHU de Limoges, que le Professeur Descottes, chirurgien en chef, étudie les propriétés cicatrisantes du miel depuis 27 ans et l’utilise depuis 1984 sur les plaies. En 1988, son service réalise sur des patients une étude comparative en double aveugle par rapport à un tulle gras (Biogaze) et à un dextranomer (Debrisan). 

Les études se poursuivent dans le domaine de l’apithérapie et les chercheurs montrent les effets cicatrisants naturels du miel :

  • Forte concentration en glucose et levulose et effet osmotique
  • PH acide
  • Enzyme glucosoxydase présente dans le miel et qui provient des glandes hypopharyngiennes de l’abeille
  • MGO (Methylglyoxal) présente dans tous les aliments à forte concentration de sucres
  • Des invertases, des catalases et des phosphatases acides, des vitamines du groupe B et C, des minéraux, des acides organiques, des acides aminés aux propriétés cicatrisantes

L’effet osmotique entraîne un apport d’eau dans la plaie et permet de l’hydrater et sa concentration élevée en glucose empêche le développement des bactéries pathogènes. La substance humide et acide du miel est favorable à la cicatrisation. L’acidité du miel et les enzymes présentes empêchent la croissance bactérienne. Les enzymes conduisent à la formation d’eau oxygénée dans la plaie, favorable à son oxygénation, son débridement et sa granulation. Les enzymes agissent par réaction chimique tandis que la présence de MGO dans le miel a un effet antibactérien direct. La concentration en MGO est plus ou moins forte selon l’origine géographique et florale du miel. Le miel de Manuka, qu’on trouve en Nouvelle Zéelande, est celui qui contient le plus de MGO.

Le miel est donc indiqué pour les plaies chroniques en phase de détersion, de granulation et de cicatrisation, avec un effet antibactérien et antidouleur.

Le miel étant un produit naturel, il est important d’être attentif à son conditionnement pour éviter toute prolifération bactérienne extérieure.

Plusieurs méthodes de conditionnement sont possibles : la filtration, la centrifugation, la décantation et la pasteurisation  et les conditions de conservation dans un milieu frais, à l’abri de la lumière et de l’humidité, sont importantes pour éviter que le miel ne se dégrade et ne se colonise.

Pour utiliser le miel naturel en milieu hospitalier dans les soins de plaies, il faut s’assurer, en faisant un prélèvement bactérien, que le miel n’est pas colonisé et surtout que le miel n’est pas contaminé par la toxine botulinique, qui peut se développer en présence d’humidité et être responsable de botulisme. C’est pourquoi les miels pharmaceutiques sont stérilisés aux rayons gamma, qui ne dégradent pas les propriétés enzymatiques du miel.

 

Le CPSI, Centre de Perfectionnement en Soins Infirmiers forme des infirmières en soins de plaies dans le but d’obtenir le certificat d’infirmière relais plaies. Ce certificat leur permet de développer des compétences en gestion autonome des plaies. Certains patients sont confrontés à une certaine précarité et ne peuvent bénéficier des pansements hydro-actifs actuellement sur le marché car leur coût est trop élevé (environ 5€ pour un pansement 10x10) et obtiennent peu de remboursement de l’INAMI (forfait de 22,9€ pour les plaies chronique et remboursement de 0,25 € par pansement). Dès lors, les infirmières doivent user d’astuce pour réaliser des  soins optimaux dans les conditions que le terrain lui impose.

Récolte du miel et conditionnement (non médicalisé) du miel au CPSI.

Bibliographie miel plaies

Revues

  • JACOTEY L., Plaies et escarres : les vertus du miel, septembre 2011, dans Géroscopie n°12, p18
  • Docteur David LECHAUX, LE MIEL ET LA CICATRISATION DES PLAIES, Types de plaies, protocoles de soins et qualités pharmaceutiques requises pour l’usage médical du miel , https://www.abcd-chirurgie.fr/mediastore/fckEditor/file/TAP.pdf, consulté le 16/10/2016

Sources internet