cpsi

Quel est la qualité de l’air entre nous !

Retour

 

Nous avons eu la chance d’accueillir Michel Dupuis dans le cadre du Symposium organisé pour nos anciens étudiants gestionnaires de maisons de repos.

Le thème du symposium, « l’humanitude dans les soins » nous a amenés à questionner le concept même d’éthique. Michel Dupuis nous a invités à laisser provisoirement de côté l’éthique clinique, infirmière que nous connaissons bien (consensuelle) et qui suppose de « faire correctement » ce qu’il a à faire pour le patient et la qualité des soins et de nous interroger sur l’éthique organisationnelle des soins de santé.

Une éthique de back-office ?

En effet, l’éthique organisationnelle est plus conflictuelle : comment je suis traité(e) dans mon institution (c’est l’éthique des coulisses) ? Ce qu’on ne voit pas, ce qui se passe entre nous. On pourrait parler d’une éthique de « back-office », liée à la culture de l’établissement.

Plus précisément, Michel Dupuis évoque ce qu’il appelle l’éthique de la confiance. On se situe bien au-delà du sentimental. Les questions qu’il pose sont les suivantes : est-ce que nous sommes des agents de la confiance ? Est-ce que notre équipe est une équipe de la confiance ? Est-ce qu’une politique de la confiance règne dans notre institution ?

En tant qu’Institut de formation, cela pose inévitablement différentes questions : comment forme-t-on les soignants à une éthique de la confiance ? Comment entretient-on leur estime de soi ?

Les pieds sur terre et la tête dans les étoiles

On pourrait dire que l’éthique, c’est l’art du sens (trouver, donner, retrouver, conquérir le sens). Mais le sens ne se métabolise pas comme des vitamines. L’éthique, ce n’est pas l’art de faire bien mais c’est l’art de rebondir, c’est l’éthique de gens imparfaits !

Mais l’éthique est-elle une panacée ? Imaginez qu’on nous fasse croire qu’avec un fond d’éthique (comme un fond de sauce), les choses repartent ! On va en quelque sorte se refaire une bonne conscience. L’éthique, si elle est instrumentalisée, c’est scabreux !

Un alibi  pour dire qu’on est « nickel ». C’est pourquoi Michel Dupuis nous invite à être critiques par rapport à l’éthique.

Le secret serait de combiner « réalisme » (l’esprit sur terre) et « idéalisme » (la tête dans les étoiles). L’éthique a besoin de ces deux réalités, car si on n’a pas la tête dans les étoiles, elle est souvent dans le guidon !

Or, si nous regardons autour de nous, nous sommes dans une ère extrêmement positive (développement biomédicaux, physiopathologiques, etc.) et pourtant … nous observons du scepticisme, de la morosité ambiante, une insatisfaction permanente, un malaise dans le monde des soins, une résistance au changement, un désengagement des professionnels, des concurrences locales, … on pourrait dire que c’est le paradoxe du progrès. Le projet industriel est troublé … comme si on se payait tous la crise de la cinquantaine.

Dis-moi comment on délibère dans ton équipe ?

Comment et pourquoi en sommes-nous là ? Qu’est-ce qui nous motive ? Si l’on se rappelle du Serment hippocratique, ce ne sont pas seulement des objectifs, des méthodes, des règles, ce sont aussi des valeurs. Pour faire de « bons soins » dit Socrate, il faut de la délibération (pas de bons soins sans discussion) et pas de bons soins sans déontologie.

Pour être de « bons » acteurs de soins, il est nécessaire de retrouver le sens du soin. Vérifier, prendre le temps de prendre sa boussole. Aujourd’hui, on en est où ? Est-ce que nous sommes dans la bonne direction ? Il faut retrouver le sens du soin comme le GPS au rond-point : « Michel, fais demi-tour » !

Evaluer la qualité de l’air entre nous

Michel Dupuis nous invite à évaluer la qualité de l’air entre nous, la discrétion, le tact, etc. Car le véritable danger est la réification, l’anti-humanitude ; considérer nos patients, nos résidents, nos collègues comme des objets, des marchandises, de la matière rentable.

Le véritable défi est d’augmenter la qualité humaine des soins.

Et Michel Dupuis nous interpelle en citant Mengzi :

« Nourrir une personne sans lui témoigner d’amour c’est la traiter comme un porc, l’aimer sans lui témoigner de respect, c’est l’élever comme un animal domestique. Le respect doit précéder le don ». Meng Zi, VII A, 37

Le mot de la fin « Chenj » (sincérité), tiré d’un texte chinois sur l’art de « gagner la guerre » dit ceci : si tu veux gagner la guerre, tu dois être dans la sincérité. Inévitablement, nous nous interrogeons : est-ce que je suis en train de faire semblant, est-ce que je suis un acteur de changement ?

Nous quittons sereinement la salle les pieds sur terre et la tête dans les étoiles …

 

Fabienne Vranckx

Directrice du CPSI